J’ai eu l’occasion de participer à une rencontre de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et de plusieurs fédérations régionales avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), notamment avec le ministre Donald Martel. Les échanges ont porté sur les défis particuliers des entreprises agricoles en régions périphériques.
Couvrant plus de 80 % du territoire québécois, les régions périphériques (Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec, Bas-Saint-Laurent, Charlevoix, Côte-Nord, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Outaouais et Saguenay–Lac-Saint-Jean) représentent environ 10 % de la population. On y dénombre quelque 5 000 entreprises agricoles affichant des recettes en provenance du marché d’environ 1,5 G$ (2023).
Rappelons que les délégués, lors du congrès général de décembre dernier, ont adopté une résolution demandant au gouvernement du Québec, au MAPAQ et à La Financière agricole du Québec de reconnaître les réalités distinctes et les besoins spécifiques de ces régions, ainsi que des spécialités.
Ces entreprises, en plus de contribuer activement à l’autonomie et à la sécurité alimentaire de la province, sont indispensables à la ruralité. Plusieurs centaines de communautés comptent sur leur apport économique et territorial pour développer, réussir et prospérer. Les données récentes brossent toutefois un portrait préoccupant.
Entre 2001 et 2021, le nombre de fermes a diminué de 14 % dans les régions périphériques, comparativement à 7,5 % dans les régions centrales. On y constate aussi une certaine fragilisation des productions animales (bovins de boucherie et ovins), une intention de fermeture plus élevée (de 13 à 15 % des entreprises) ainsi qu’une relève insuffisante, particulièrement en périphérie.
La situation géographique de ces régions est un facteur déterminant. Leur éloignement engendre des coûts de production plus élevés, en matière notamment de transport et d’intrants (chaux, engrais, matériaux). La hausse du prix des carburants risque d’accentuer ce désavantage.
La faible densité agricole signifie moins de services et des coûts plus élevés. Une ferme par 100 km² en régions périphériques (comparativement à 17,5 en régions centrales) entraîne une rareté des services spécialisés (vétérinaires, conseillers, mécaniciens), des coûts plus élevés pour ces services (frais fixes répartis sur un plus faible volume) ainsi qu’une réduction de la concurrence locale. Le résultat est un cercle vicieux où la baisse du nombre de fermes réduit les services, ce qui fragilise encore davantage celles qui restent.
L’accès limité aux technologies et à l’innovation est aussi un enjeu important, qu’il s’agisse des infrastructures parfois déficientes (zones sans Internet haute vitesse, problèmes électriques), de la taille critique insuffisante pour rentabiliser certaines technologies ou du volume réduit de services-conseils spécialisés.
Plusieurs solutions sont identifiées pour assurer la pérennité de ces entreprises (programme de drainage et de chaulage, soutien aux prairies et aux pâturages, bonification des ententes sectorielles, adaptation du programme Agri-Québec, etc.). Elles ont toutes été discutées lors de la rencontre.
Le MAPAQ a souligné qu’une partie de la réponse pouvait peut-être résider du côté des mécanismes de mise en marché collective. Or, ces mécanismes contribuent déjà au maintien d’entreprises partout sur le territoire, y compris dans les régions périphériques. Une intervention de l’État s’avère donc nécessaire.
L’équité territoriale en agriculture nécessite des politiques différenciées. Cette réalité doit guider les actions du ministère au cours des prochains mois. C’est l’avenir de la ruralité et de l’autonomie alimentaire qui est en jeu.