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Les temps changent, nos façons de pratiquer l’agriculture aussi. Grâce à l’avancement des connaissances, nos méthodes sont en constante évolution et permettent de produire des aliments de qualité tout en réduisant l’impact sur l’environnement. Pour y voir plus clair, voici six grands enjeux agroenvironnementaux pour lesquels les producteurs agricoles du Québec sont en mode action et travaillent au quotidien à toujours faire mieux.

 

 

 

 

 

 

 


 

Les pesticides


Les pesticides, ni ange ni démon
Les pesticides ont pour but de protéger les cultures contre les pertes occasionnées par les insectes, les mauvaises herbes envahissantes et les maladies. En agriculture, les produits utilisés sont autorisés par les agences gouvernementales et aident à assurer la quantité et la qualité des fruits, des légumes et des grains. Sans eux, des récoltes entières pourraient être détruites avec, pour conséquence, une augmentation du coût des aliments.

Toutefois, les producteurs sont de plus en plus sensibilisés aux questions entourant les pesticides. Ils tendent à réduire leur usage en employant notamment des techniques de dépistage dans leurs champs et des moyens de lutte intégrée. Certains producteurs réussissent à cesser leur utilisation, lorsque les méthodes alternatives existent.

Pour en savoir plus :

Des efforts qui portent leurs fruits
Au cours des 25 dernières années, les producteurs agricoles du Québec ont déployé de nombreux efforts pour réduire l’utilisation des pesticides. Même si bien du travail reste encore à accomplir, plusieurs indicateurs démontrent que nous sommes sur la bonne voie.
 
De moins en moins de pesticides

Entre 2014 et 2018, l’indice de pression des pesticides en agriculture au Québec a diminué de 43 %. Cet indice permet de mesurer les quantités de pesticides appliqués sur les terres en culture (kg/hectare) et d’en suivre l’évolution d’année en année. Depuis 1992, cet indice a diminué de 47 %, soit une réduction équivalente à environ 2 % par année.

 
Un indice de pression parmi les moins élevés dans le monde

Avec un indice de pression parmi les plus faibles au monde (2,06 kg par hectare), le Québec est un chef de file en ce qui concerne la quantité de pesticides appliqués par hectare. Sources

 
De moins en moins de risque pour la santé

En 2018, l’indicateur de risque pour la santé a diminué de 28 % au Québec par rapport aux années de référence 2006-2008. Cet indice permet d’évaluer le risque potentiel des pesticides pour les personnes qui appliquent les produits, ou pour les travailleurs pouvant entrer en contact avec les parcelles traitées. Depuis 2014, on observe une tendance à la baisse et pour une première fois, la cible de la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture 2011-2021 (qui consistait à réduire de 25 % cet indice) a été atteinte. Source

 
De moins en moins de risque pour l’environnement

En 2018, l’indicateur de risque pour l’environnement a diminué de 15 % par rapport aux années de référence 2006-2008. Cet indicateur permet de tenir en compte les impacts potentiels des pesticides sur l’environnement (invertébrés terrestres, persistance dans le sol, etc.). Ici encore, depuis 2014, on assiste à une baisse constante et soutenue de cet indice de risque.

Pour en savoir plus : Un bilan du chemin parcouru et une vision d’avenir

De la recherche, encore de la recherche
À l’heure actuelle, comme il n’existe pas de solution de rechange pour lutter contre la majorité des ravageurs des cultures, les pesticides demeurent encore nécessaires. Bien que les recherches sur les méthodes alternatives soient en constante évolution, les producteurs doivent obtenir du soutien financier pour trouver des solutions alternatives. Ceci est encore plus vrai dans un contexte de changements climatiques, où de nouveaux ravageurs risquent de faire leur apparition.

Pour en savoir plus : Impact des changements climatiques et mesures d’adaptations pour les ravageurs présents et potentiels en grandes cultures au Québec

Et le consommateur dans tout cela?
Des consommateurs se disent préoccupés par l’utilisation des pesticides. Pourtant, la plupart d’entre eux exigent aussi des fruits et légumes à l’apparence parfaite et au plus bas prix possible. Pour répondre à ces critères élevés et produire en quantité suffisante, les producteurs recourent aux pesticides, surtout lorsque les solutions de rechange ne sont pas au rendez-vous.

À défaut de cela, ce sont des denrées provenant d’ailleurs que nous retrouverons sur les étals des épiciers. Des aliments qui augmentent leur empreinte en raison de leur transport et qui, rappelons-le, sont souvent produits dans des pays où les normes environnementales et les exigences sont bien en deçà des nôtres.

Les résidus de pesticides : y a-t-il lieu de s’inquiéter?
Les résidus de pesticides parfois trouvés dans les aliments sont très largement en deçà des seuils de dangerosité. D’ailleurs, le taux de conformité des fruits et légumes produits localement est plus élevé que celui des produits importés.

Santé Canada impose des limites quantitatives précises de traces de pesticides pouvant se retrouver sur les aliments. Au minimum, cette limite est 100 fois plus basse que le seuil de sécurité, voire 3 000 fois, selon le pesticide utilisé. Ces valeurs de référence reposent sur des résultats de recherches scientifiques approfondies et tiennent compte des effets cumulatifs liés à la consommation quotidienne d’une personne, tout au long de sa vie.

Pour en savoir plus : Questions souvent posées par les consommateurs

Encore perplexe? Faites le test!
Ce calculateur établit le nombre de portions de fruits et de légumes pouvant contenir des traces de pesticides qu’un homme, une femme, un adolescent ou un enfant peut consommer de façon quotidienne sans effets néfastes.

 ACCÉDEZ AU CALCULATEUR 

(Disponible uniquement en anglais)
 

Cet outil a été développé par l’Alliance pour l’alimentation et l’agriculture, une organisation américaine à but non lucratif qui représente les agriculteurs biologiques et conventionnels de fruits et légumes, en collaboration avec des experts de l’Université de Californie, Riverside School of Business. Il s’appuie sur les normes établies par le USDA, qui s’apparentent à celles de Santé Canada.

À lire : Perspective on pesticide residues in fruits and vegetables

Pour en savoir plus :


 

Les gaz à effet de serre (GES)


L’agriculture, une source de GES parmi plusieurs autres
L’agriculture, comme tous les secteurs de l’économie, génère des gaz à effet de serre. Toutefois, au Québec, le secteur agricole arrive au quatrième rang avec 9,8 % des émissions, loin derrière d’autres activités comme le transport, par exemple, responsable de 43,3 % des émissions de la province.

Pour en savoir plus : Répartition des émissions de GES par secteur d’activité au Québec, en 2016
 
 
D’où viennent ces gaz à effet de serre?

L’agriculture produit trois types de gaz à effet de serre, le méthane (CH4) , le protoxyde d’azote (N2O) et le dioxyde de carbone (CO2). Ces gaz de nature biologique proviennent principalement de la digestion des ruminants, de la gestion des sols agricoles, de la gestion des fumiers et de diverses sources mineures.

Pour en savoir plus :

 
Les pets de vaches, vraiment?

Dans la croyance populaire, les pets de vache (flatulences des ruminants) sont souvent identifiés comme étant une source de GES, plus particulièrement de méthane. Il s’agit bien d’un phénomène lié à la digestion, mais pour être plus précis, on devrait plutôt parler des rots. Le rumen des bovins, des moutons, des cerfs et des autres ruminants contient des bactéries qui aident à dégrader les aliments ingérés. Le méthane est un sous-produit de cette fermentation et est éliminé par éructation, donc, par les fameux rots.

Les élevages d’ici qui se démarquent
À travers le monde, l’élevage représente près de 15 % des émissions de gaz à effet de serre, alors qu’au Québec, l’ensemble des activités agricoles compte pour 9,6 %. La plupart de nos secteurs de production se démarquent avec un bilan carbone beaucoup plus bas que celui que l’on retrouve dans les autres pays. C’est notamment le cas pour les secteurs de la volaille (poulet de chair), des œufs de consommation, du porc, du bœuf et du lait.

 
Le saviez-vous?

  • Le lait produit au Canada a une empreinte carbone parmi les plus faibles au monde. La production d’un litre de lait canadien génère 0,94 kg de CO2, soit trois fois moins de gaz à effet de serre que la moyenne mondiale. Source

 

  • Selon les données publiées par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production porcine québécoise fait aussi bonne figure lorsque comparée aux autres régions productrices de porcs du monde. Son bilan carbone est 31 % plus bas que la moyenne mondiale. Source

 
Et mieux encore, un bilan en constante réduction!

Les producteurs d’ici ne cessent d’améliorer leurs pratiques, ce qui se traduit par une diminution constante de leurs émissions de GES.

 
Des actions pour faire toujours mieux

L’adoption de bonnes pratiques et de techniques innovantes de production permet de réduire encore davantage l’intensité carbone de l’élevage. Ainsi, l’alimentation du bétail, la gestion des fumiers, les pratiques culturales et la réduction de l’énergie consommée à la ferme sont autant de pistes de travail prometteuses sur lesquelles les agriculteurs et les chercheurs se penchent actuellement pour améliorer leur bilan carbone.

L’agriculture capte aussi du carbone!
Si l’agriculture est une source d’émission de gaz à effet de serre, elle peut aussi faire partie de la solution en séquestrant le carbone dans les sols agricoles. En ce sens, les pratiques culturales qui permettent d’accroître la matière organique dans le sol pourraient contribuer à améliorer le bilan agricole des GES.
 
Les arbres et la foresterie

La présence d’arbres en bandes riveraines, de haies et de boisés de ferme sont des incontournables qui permettent également de séquestrer du carbone dans les sols agricoles. Du côté de la foresterie, la réalisation de travaux sylvicoles concourt aussi à la captation de GES. À cet égard, saviez-vous que l’utilisation accrue des produits du bois permettrait de stocker du carbone à long terme, notamment en remplaçant des matériaux de construction présentant un bilan carbone moins intéressant comme l’acier et le béton?


 

Les changements climatiques


Les agriculteurs aux premières loges
L’agriculture est l’un des secteurs économiques les plus touchés par les changements du climat. Au Québec, les producteurs en subissent déjà les effets majeurs et préoccupants. Voilà pourquoi la communauté scientifique, à travers le groupe Ouranos, travaille à préparer des scénarios climatiques pour permettre aux producteurs de bien comprendre les phénomènes et d’anticiper leurs impacts sur notre agriculture. Ainsi, si la tendance se maintient…
 
 
Les fruits et les légumes auront de plus en plus soif

  • À l’horizon 2050, les températures estivales seront plus chaudes et les plantes transpireront davantage. Les besoins en eau des fruits et légumes seront encore plus importants.
  • L’irrigation étant essentielle à plusieurs cultures horticoles (laitues, fraises, pommes de terre, etc.), les producteurs auront plus que jamais besoin d’avoir accès à l’eau pour produire des aliments de qualité.
  • La quantité de pluie qui tombera sur le Québec devrait demeurer similaire, mais elle sera plus imprévisible. On s’attend à recevoir des précipitations plus intenses et localisées, fréquemment sous forme de cellules orageuses, avec les risques d’impacts que l’on connaît sur nos cultures.

 
Les bibittes vont se multiplier

  • Les changements climatiques offriront des conditions favorables au développement des ravageurs des cultures.
  • Des températures plus chaudes tout au long de l’année faciliteront non seulement la survie des ravageurs, mais accéléreront aussi leur vitesse de reproduction.
  • Les conditions hivernales plus clémentes ouvriront la porte à l’arrivée de nouveaux ravageurs en provenance de nos voisins du Sud.

 
Les animaux auront plus chaud

  • Au Québec, d’ici 2050, on s’attend à une augmentation du nombre de jours (8 à 20) pendant lesquels la température sera supérieure à 30°C.
  • Tout comme les humains, les animaux sont affectés par la chaleur. Avec le réchauffement climatique, ils risquent alors de subir un stress thermique provoquant d’importantes conséquences, notamment sur la productivité et la reproduction.

 
La neige, une alliée qui s’estompera

  • On anticipe en 2050 une diminution de l’épaisseur de neige (entre 20 % et 45 %) et une durée d’enneigement réduite de 32 à 50 jours, selon l’endroit où l’on se trouve au Québec.
  • Plusieurs Québécois seront ravis de voir les hivers devenir graduellement plus doux, mais pour les producteurs, la réalité est bien différente! La diminution de l’épaisseur de neige, les redoux hivernaux, les précipitations sous forme de pluie pourraient avoir pour effet d’endommager les belles prairies et les plantes de couverture semées à l’automne pour protéger le sol.
Les producteurs et les experts d’ici en action
  • Pour pallier les enjeux de consommation d’eau, des producteurs collaborent aux recherches et essais afin de mieux comprendre les besoins en eau des plantes et d’améliorer la performance des systèmes d’irrigation.
  • Les producteurs, qui voient davantage leurs cultures menacées par les ravageurs, recourent de plus en plus à la lutte intégrée, une approche qui consiste à utiliser des stratégies de contrôle des ennemis des cultures (insectes nuisibles, maladies, mauvaises herbes) complémentaires afin de produire des aliments de qualité tout en réduisant l’usage des pesticides.
  • Pour se prémunir contre les effets de la chaleur estivale, les agriculteurs travaillent à adapter leurs bâtiments en améliorant l’isolation et la circulation d’air. Dans certains cas, de nouvelles constructions ou des rénovations importantes (comme l’agrandissement de bâtiments) sont nécessaires, ce qui requiert des investissements majeurs.
  • Qu’ils soient économiques, environnementaux, technologiques ou humains, l’ampleur des enjeux liés au climat peut mettre en péril la pérennité des entreprises agricoles québécoises. Celles-ci ont besoin de soutien financier pour apporter les ajustements nécessaires à leurs installations et à leurs pratiques. Ce soutien est aussi nécessaire pour assurer davantage de recherche.
Agriclimat, un projet porteur pour le Québec
  • Les producteurs agricoles du Québec se sont mobilisés autour du projet AgriClimat afin de connaître les changements climatiques attendus pour leur région et développer, avec la collaboration d’experts, des plans d’adaptation de l’agriculture à ces changements.
  • Le projet actuellement en cours a permis d’identifier les impacts potentiels sur les cultures, les animaux et l’environnement. Il propose des pistes d’adaptation pour assurer la résilience et la pérennité des entreprises agricoles québécoises.
  • Déjà plus de 800 producteurs participent à l’élaboration des plans d’adaptation, lesquels couvrent la majorité du territoire québécois. Quelque 250 intervenants et conseillers du milieu agricole sont également associés au projet.
  • Coordonné par le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec, le projet Agriclimat est rendu possible grâce au financement offert par le Fonds vert dans le cadre du programme Action-Climat Québec, un programme du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques découlant du plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques.

Pour en savoir plus : Agriclimat

Mais tout n’est pas si sombre!
Même si le milieu agricole québécois sera durement touché par les changements climatiques, on s’attend à un allongement de la saison de croissance des végétaux d’environ 2 semaines partout au Québec et à des températures plus élevées tout au long de l’été. De nouvelles espèces ou variétés pourraient être cultivées grâce à un allongement de la saison de croissance. Ces conditions pourraient favoriser l’arrivée de nouveaux produits pour les Québécois, mais également le développement de nouveaux marchés d’exportation.

L’agriculture peut faire partie de la solution

L’agroenvironnement aussi dans la mire

  • Au Québec, les experts s’entendent pour dire que l’adoption de pratiques agroenvironnementales à la ferme permet également de réduire l’impact de l’agriculture. En effet, les pratiques de conservation du sol, telles que le travail réduit du sol et les cultures de couverture, favorisent la résilience et la santé des sols, un élément incontournable lorsqu’on parle de changements climatiques.
  • Depuis 25 ans, les producteurs sont pleinement engagés dans cette démarche par l’entremise des clubs-conseils en agroenvironnement déployés partout au Québec. Leurs actions portent sur la gestion des fertilisants, la réduction de l’utilisation des pesticides, les pratiques de conservation des sols ainsi que l’aménagement des cours d’eau et leur protection.

Pour en savoir plus sur les clubs-conseils :

 
La matière organique et le stockage du carbone

  • Sur le plan international, une initiative prometteuse est aussi en train de faire son chemin : le projet « 4 pour 1000 » lancé par la France en 2015 lors de la COP 21.
  • L’initiative vise à montrer que l’agriculture, et en particulier les sols agricoles, peut jouer un rôle pour la sécurité alimentaire et la lutte aux changements climatiques. En s’appuyant sur une documentation scientifique, ce projet souhaite faire connaître et mettre en place des actions concrètes pour stocker du carbone dans les sols. Reste maintenant à savoir si cette approche est prometteuse au Québec.

Pour en savoir plus sur l’initiative :


 

La santé des sols


Les terres agricoles, l’actif le plus précieux
Le sol est l’actif le plus précieux des producteurs agricoles, car il s’agit de leur principal outil de travail. Un sol fertile et en santé offre une biodiversité importante de même qu’une disponibilité accrue de nutriments comme l’azote, le phosphore et le souffre qui, lorsque bien dosés, favorisent la productivité et la rentabilité des cultures.
Nourrir la planète
D’ici 2050, la population mondiale dépassera les 9 milliards de personnes. Pour répondre à la demande alimentaire, la production agricole devra augmenter à l’échelle mondiale de 60 %, ce qui oblige parfois les producteurs à adopter des pratiques agricoles qui peuvent avoir des répercussions néfastes sur la santé des sols. Ceci étant dit, il est d’autant plus primordial de prendre soin des sols agricoles, de maintenir leur fertilité et de les protéger afin qu’ils puissent continuer à nourrir la planète.
Qu'est-ce qu'un sol en santé?
Un sol vivant et productif est à la base de la rentabilité en agriculture. Qui dit sol en santé, dit bonne structure de sol, bonne aération, meilleure portance, semis en bonne condition, levée uniforme, désherbage plus efficace, diminution des maladies racinaires et cultures performantes valorisant mieux les ressources. Un sol en santé requiert moins d’engrais et de fertilisant pour un même rendement; il est plus stable et moins propice à l’érosion.
La pratique d’une agriculture durable
Pratiquer une agriculture durable, c’est chercher à obtenir un rendement optimal plutôt que maximal, pour ne pas épuiser le sol, une ressource essentielle pour la croissance et la vitalité des végétaux. Il importe de bien connaître leurs besoins en nutriments (les principaux étant l’azote, le phosphore et la potasse) et les caractères propres aux parcelles où ces plantes sont cultivées. Les quantités d’engrais appliquées par les producteurs servent à entretenir la fertilité des sols tout en évitant les excès.
Une fertilisation raisonnée et encadrée
La fertilisation des cultures est une activité très encadrée au Québec. En vertu du Règlement sur les exploitations agricoles du gouvernement du Québec, les producteurs agricoles doivent, tous les ans, faire préparer un plan de fertilisation par leur agronome. Ce document réglementaire indique, pour chaque parcelle de terre cultivée, les doses de fertilisants (fumiers et engrais minéraux) et de nutriments à appliquer afin de répondre aux besoins nutritionnels des cultures et garder le sol en équilibre.

Les producteurs doivent également produire annuellement un bilan phosphore en plus d’avoir à tenir un registre des épandages. L’entreposage des engrais de ferme (lisiers) doit se faire dans des structures étanches et sécuritaires. Pour ce qui est de la disposition des fumiers solides, la pratique de stockage en amas au champ est autorisée, à certaines conditions.


 

La consommation d’eau


L’eau : trois nuances de bleu
Lorsque l’on calcule la consommation d’eau de nos productions d’élevage, trois types d’eau peuvent parfois être considérés :

L’eau bleue : eau prélevée dans les cours d’eau de surface ou souterraine et non retournée au bassin versant. Par exemple : l’eau utilisée pour abreuver les animaux ou irriguer les cultures.

L’eau verte : humidité du sol répondant aux besoins en eau des plantes, notamment les cultures fourragères et les pâturages, qui se renouvelle naturellement grâce aux précipitations.

L’eau grise : eau usée faiblement polluée ayant été utilisée à des fins de nettoyage et contaminée par des savons et détergents. Cette eau peut être réutilisée pour certains usages ne nécessitant pas une eau potable.

Des chiffres qui font fausse route
Très souvent, l’élevage d’animaux est pointé du doigt pour son usage présumément excessif de l’eau. Pourquoi? Tout simplement, parce qu’on y comptabilise l’eau de pluie (eau verte), soit celle qui est naturellement tombée sur les champs en culture servant à nourrir les animaux de la ferme. Or, cette eau verte, qui tomberait avec ou sans élevage, compte pour 95 % dans le calcul de l’empreinte!
 
Une norme qui vient remettre les pendules à l’heure

Depuis 2014, la norme internationale ISO 14046 stipule que l’empreinte eau d’un produit devrait tenir compte uniquement de la consommation d’eau bleue, soit celle prélevée dans les eaux de surface ou souterraine. Pour sa part, l’eau des précipitations ou eau verte est présente, peu importe si l’on cultive ou non un terrain. De plus, selon cette norme, l’eau grise devrait également être exclue des calculs puisque le cas échéant, elle a déjà été comptabilisée lors du prélèvement de l’eau bleue.

Malgré cette nouvelle façon de faire, plusieurs données qui ne tiennent pas compte de ces éléments circulent encore dans les médias et présentent un portrait trompeur quant aux ressources nécessaires à l’élevage des animaux.
 
La réalité d’ici dans tout cela

Plusieurs analyses du cycle de vie ont permis de mesurer la consommation d’eau de l’élevage au Canada, dont les plus récentes basées sur la norme ISO 14046. Celles-ci offrent un portrait beaucoup plus nuancé de l’empreinte eau du secteur et nous positionne avantageusement par rapport à de nombreux autres pays. Ceci est encore plus vrai lorsqu’on sait qu’au Québec, les cultures destinées à nourrir les animaux ne sont aucunement irriguées, contrairement à ce qui se passe souvent ailleurs dans le monde. Ainsi, on peut dire de façon générale que notre secteur d’élevage nécessite moins d’eau.

Quatre productions qui font bonne figure
Il est difficile de comparer l’empreinte eau de différents produits compte tenu des diverses méthodologies utilisées à ce jour pour mesurer cet indicateur. Quoi qu’il en soit, l’analyse des données de quatre productions d’élevage au Québec permet de démontrer que chacune d’entre elles a diminué son empreinte eau au cours des dernières années.

 
Bœuf

Il faut entre 388 et 631 litres d’eau pour produire 1 kilogramme de bœuf. Cette quantité a diminué de 20 % entre 1981 et 2011. À titre de comparatif, la quantité d’eau nécessaire pour produire 1 kilogramme d’amandes est d’environ 3158 litres, puisqu’il s’agit d’une culture qui est majoritairement irriguée.

 
Lait

L’analyse de cycle de vie de la production laitière nous apprend que la production d’un kilogramme de lait nécessite 10,2 litres d’eau, soit l’équivalent 72 secondes sous la douche.

Si l’on compare l’empreinte en eau d’autres pays producteurs de lait, le Québec obtient de bons résultats, avec 10,2 litres d’eau par kilogramme de lait. C’est beaucoup mieux que la Nouvelle Zélande (249,3 litres), les Pays-Bas (66,4 litres) ou encore l’Australie (14,1 litres).
 

 
Entre 2011 et 2016, la quantité d’eau requise pour la production d’un kilogramme de lait a diminué de 12,5 %. Cette performance serait principalement attribuable à l’augmentation de la production de lait par vache, ce qui réduit la quantité de ressources consommées par kilogramme de lait produit.

 
Poulet

Au Canada, il faut en moyenne 65 litres d’eau pour produire 1 kilogramme de poulet. Ce chiffre varie de 29 à 75 litres selon la province, puisque l’irrigation des cultures est plus importante dans les provinces de l’Ouest en raison de la proportion plus élevée en terres irriguées. La consommation d’eau nécessaire à la production d’un poulet a diminué de 45 % au cours des 40 dernières années.

 
Porc

Entre 2012 et 2016, le bilan eau a diminué de 1,7 % en 4 ans, passant de 68,6 à 67,5 litres d’eau consommée pour 1 kilogramme de porc. L’augmentation de la productivité générale du troupeau explique essentiellement l’amélioration de ces résultats.
 

 


 

Le bien-être animal à la ferme


Des éleveurs qui ont à cœur le bien-être de leurs animaux
  • Les éleveurs du Québec ont à cœur la santé de leurs animaux et veillent chaque jour à leur bien-être en leur procurant tous les soins nécessaires à leur bon développement. Ainsi, quotidiennement, ils s’assurent de leur offrir :

une alimentation saine, en quantité suffisante, et adaptée à leur stade de croissance;
un accès à de l’eau fraîche et de bonne qualité;
des soins de santé adéquats, misant sur une approche préventive et curative;
un environnement adapté au type d’élevage (basé sur l’évolution des connaissances scientifiques), et qui tient compte de nos conditions climatiques.

Les producteurs ont tout avantage à prendre grand soin de leurs animaux puisque ceux-ci représentent le cœur de leur production, de leur gagne-pain!

  • Les éleveurs travaillent constamment à l’amélioration des soins offerts aux animaux sur la base d’informations scientifiques nouvelles et vérifiées. Ils investissent aussi dans des programmes de recherche sur le comportement animal pour mieux comprendre ce dont le bétail et les volailles ont besoin.
  • Les éleveurs du Québec et leurs employés font aussi tout en leur pouvoir pour éviter souffrance et stress aux animaux qui sont sous leur responsabilité. Si parfois des images-chocs montrant des scènes navrantes d’animaux élevés dans des conditions déplorables circulent dans les médias sociaux, elles ne représentent aucunement la réalité d’élevage au Québec. Il est important de toujours vérifier la source et la provenance de ces images.
  • Alors que la consommation de viande est une composante importante de l’évolution depuis 2,3 millions d’années et fait partie intégrante de la culture culinaire de plusieurs populations, les producteurs déploient tous les efforts nécessaires afin de nourrir le monde et d’élever leurs animaux dans les meilleures conditions possible.
Les cinq libertés fondamentales des animaux universellement reconnues
  1. Absence de faim, de soif et de malnutrition;
  2. Absence de peur et de détresse;
  3. Absence de stress physique et thermique;
  4. Absence de douleur, de lésions et de maladies;
  5. Possibilité pour l’animal d’exprimer les comportements normaux de son espèce.
  • De façon générale, la loi définit comme maltraitance ou cruauté animale, tout acte visant à faire du mal que ce soit sous forme active (par le biais d’armes, de coups, de blessures) ou sous forme passive (négligence). De mauvaises conditions de vie et, un état sanitaire qui laisse à désirer sont aussi considérés comme de la cruauté animale.
  • Les actes de cruauté envers les animaux sont inacceptables et ne doivent, en aucun cas, être tolérés. Il existe des lois pour traiter de tels cas et elles se doivent d’être appliquées.
Un cadre réglementaire rigoureux qui évolue au fil des ans
  • Les agriculteurs, tout comme les propriétaires d’animaux de compagnie, sont tenus de respecter certaines lois relatives au traitement des animaux. Les lois, la réglementation en place et les bonnes pratiques reconnues appliquent le principe de tolérance zéro en matière d’abus et de souffrance animale. Les agronomes et les vétérinaires ont l’obligation de dénoncer les abus dont ils ont connaissance et de les signaler au ministère de l’Agriculture.
  • Au niveau fédéral, la Loi sur la santé des animaux régit strictement les conditions de transport, tandis que l’abattage est soumis à la Loi sur l’inspection des viandes. Tout ce qui touche la cruauté envers les animaux est l’affaire du Code criminel.
  • Au Québec, depuis décembre 2015, la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal détermine les obligations auxquelles les propriétaires d’animaux doivent se conformer afin d’assurer les soins propres à leurs impératifs biologiques et garantir leur sécurité et leur bien-être tout au long de leur vie. Il s’adresse autant aux propriétaires d’animaux de compagnie, qu’aux producteurs agricoles.

 
Les obligations de soins et les actes interdits

  • En vertu de la nouvelle législation provinciale, le propriétaire ou la personne ayant la garde d’un animal doit s’assurer que le bien-être, ou la sécurité de l’animal n’est pas compromis et qu’en tout temps, l’animal doit :

avoir accès à une quantité suffisante d’eau et de nourriture de qualité convenable;
être dans un lieu salubre, propre, convenable, suffisamment espacé et éclairé pour se mouvoir;
être protégé contre la chaleur ou le froid excessifs;
être transporté convenablement dans un véhicule approprié;
recevoir les soins nécessaires lorsqu’il est blessé, malade ou souffrant;
n’être soumis à aucun abus ou mauvais traitement pouvant affecter sa santé.

  • La Loi interdit à quiconque de causer de la détresse à un animal soit à la suite d’un traitement inapproprié ou par omission d’un traitement requis (exemple un traitement qui occasionnerait chez l’animal des lésions graves, des douleurs aiguës ou de l’anxiété). En cas d’infraction, des peines et des amendes sont prévus.

Pour en savoir plus : Guide d’application de la loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, MAPAQ

Des codes de bonnes pratiques uniques au monde
  • La plupart des associations nationales d’éleveurs ont développé des codes de bonnes pratiques en collaboration avec le Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage (CNSAE).
  • Ces codes, propres à chaque espèce, contiennent les lignes directrices pour les soins et la manipulation des animaux ainsi que les pratiques recommandées en matière de logement, d’alimentation, de santé, de transport, d’euthanasie, etc.
  • Ils tiennent compte du comportement naturel de l’animal, de l’évolution de la recherche scientifique, de l’expertise des vétérinaires, des lignes directrices nationales et provinciales et de l’expérience vécue à la ferme. Ils sont mis à jour périodiquement.
  • L’approche du CNSAE est unique au monde, car elle rassemble l’ensemble des acteurs de la filière (association d’éleveurs, vétérinaires) incluant les groupes de protection des animaux. Les consommateurs peuvent aussi faire valoir leur opinion lors de consultation publique sur les codes. Cette approche bénéficie d’une crédibilité importante sur les scènes nationale et internationale.
  • Bien que les codes de pratiques n’aient pas force de loi, ils sont devenus au fil du temps des outils de travail et de référence incontournables pour les éleveurs. 
  • Dans bien des secteurs d’élevage, les producteurs ont mis la barre encore plus haut que ce qui est prescrit par la Loi et les codes de pratiques, notamment en mettant en place des programmes obligatoires d’assurance qualité et de certification en matière de bien-être animal. Ces programmes, souvent basés sur les codes de pratique du CNSAE, sont appliqués et audités à la ferme.

Pour en savoir plus sur le Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage :

 
En voici un survol :

(Cliquez sur les images pour voir les codes de pratiques)

Des pratiques qui évoluent
  • Les temps changent, tout comme les façons d’élever les animaux. Les conditions d’élevage s’adaptent à la société ainsi qu’aux attentes des consommateurs. Les pratiques actuelles sont fondées sur un équilibre entre les besoins des animaux, une alimentation saine, ainsi que sur des réalités environnementales et économiques.
  • Il faut encourager ces bonnes pratiques qui évoluent au même rythme que les connaissances. Toutefois, il arrive souvent, lorsque de nouvelles normes sont adoptées, que des investissements importants soient requis pour la mise à niveau des bâtiments d’élevage. Pour les entreprises agricoles, notamment les plus petites, il peut s’avérer difficile de réaliser ou de rentabiliser ces travaux. L’impact est d’autant plus grand que ces coûts ne se traduiront pas nécessairement par une majoration des prix obtenus du marché, ce qui nécessite un accompagnement financier de l’État.
  • Aussi, dans le contexte de mondialisation des marchés, de plus en plus de produits étrangers côtoient les produits canadiens et québécois sur les étals des supermarchés. Les règles adoptées ne s’appliquent pas sur les produits importés, c’est une des multiples bonnes raisons de bien regarder les emballages à l’épicerie et de toujours choisir les produits d’ici lorsqu’ils sont disponibles.

 
Des exemples de nouvelles pratiques

Au fil des ans, de nombreuses nouvelles pratiques ont été adoptées et sont maintenant légion sur nos fermes. En voici quelques-unes :

  • Élevage porcin
    Dans toute nouvelle installation construite, rénovée ou mise en usage pour la première fois depuis le 1er juillet 2014, les cochettes (truies n’ayant pas encore mis bas une première fois) et les truies saillies doivent être logées en groupe 35 jours après la saillie.
  • Production laitière
    Avant la validation du volet bien-être animal du Programme proAction, chaque producteur doit faire évaluer ses animaux par une tierce partie. Cinq indicateurs sont considérés chez l’animal : l’état de chair, les jarrets, les genoux, le cou et la locomotion.
  • Élevage bovin
    Depuis le 1er janvier 2019, les veaux de grains et les veaux de lait produits au Québec sont élevés en logement collectif. Les huches et les logettes sont permises en début d’élevage, mais, en tout temps, les veaux ne doivent pas être attachés.
  • Élevage de volailles
    Les deux programmes de soins (poulets et dindons) sont obligatoires depuis 2013 et la certification de conformité est obtenue à la suite d’audits annuels réalisés par une tierce partie. Les représentants de la filière se concertent afin de développer un modèle de poulailler qui améliorera davantage le bien-être des animaux, leur santé (biosécurité) et leur environnement.
  • Production d’œufs de consommation
    Les cages conventionnelles dans la production d’œufs de consommation seront interdites à compter du 1er juillet 2036.
  • Production d’œufs incubation*
    Tous les oiseaux reproducteurs sont logés en liberté. En ayant accès à un parquet de grande superficie, ils peuvent exprimer leurs comportements naturels plus aisément.

*Œufs destinés d’une part, à la production de poulet à chair (type chair) et d’autre part, à la production de pondeuses d’œufs (type ponte).

Pour en savoir plus : Le grand dossier sur le bien-être animal