Le ministre canadien des Finances, François-Philippe Champagne, présentera prochainement le Budget de 2026. L’Union des producteurs agricoles a participé aux consultations prébudgétaires du Comité permanent des finances de la Chambre des communes ainsi qu’à celles du ministère des Finances.
À ces deux occasions, nous avons indiqué que le Canada doit combler l’écart entre ses dépenses agricoles (1 % de son budget) et la moyenne mondiale (2 %), renforcer les outils de gestion du risque des entreprises (Agri-stabilité, Agri-relance, Agri-protection et Programme de paiements anticipés) – une demande que nous formulons depuis plusieurs années – et prévoir des investissements accrus en recherche, en transfert technologique et dans les programmes d’accompagnement.
Mentionnons, à ce chapitre, que le recours aux nouvelles technologies pour accroître la productivité des entreprises (robotisation, automatisation, etc.) est un bon exemple d’investissement pour soutenir la croissance d’un secteur déjà très performant (agroalimentaire : 7 % du produit intérieur brut du Canada; 1 emploi sur 9 au pays). Par ailleurs, la prévisibilité est un atout majeur pour l’agriculture, qui s’avère l’un des secteurs économiques les plus exposés aux incertitudes.
Le gouvernement canadien doit aussi mettre de l’avant des mesures visant à améliorer les conditions liées à la main-d’œuvre agricole, ainsi que des dispositions fiscales permettant de faciliter les transferts d’entreprises agricoles et les investissements à la ferme. Un soutien accru au secteur biologique, aux fermes de proximité et à la foresterie privée est également requis.
Ces recommandations sont importantes, surtout dans un contexte marqué par l’instabilité des marchés et les tensions géopolitiques. Le refus américain de prolonger l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, la guerre tarifaire ainsi que la flambée des prix des carburants, des combustibles et des engrais témoignent des difficultés avec lesquelles doivent composer les productrices et producteurs. Comme je l’ai mentionné dans un éditorial précédent, la suspension de la taxe d’accise fédérale sur le carburant (4 ¢ par litre de diesel) ne suffit pas à combler les besoins. Une aide ad hoc est nécessaire à brève échéance.
Le sous-financement actuel limite la capacité des entreprises agricoles à gérer les chocs économiques, à investir et à demeurer concurrentielles sur les marchés nationaux et internationaux. La chute du revenu net agricole au Québec (1,2 G$ en 2021; 154,9 M$ en 2025) n’est pas étrangère à cette réalité.
Les compressions budgétaires et les fermetures de centres de recherche d’Agriculture et Agroalimentaire Canada amplifient cette problématique. Le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire de la Chambre des communes, en mai dernier, ainsi que le Comité permanent des Finances, tout récemment, ont d’ailleurs recommandé au gouvernement de faire marche arrière.
Les attentes du milieu agricole étaient particulièrement élevées concernant la Stratégie nationale de sécurité alimentaire, dévoilée en juin dernier. Toutefois, les mesures annoncées (3 G$ sur dix ans) ciblaient beaucoup plus la transformation et la distribution alimentaire. Les agricultrices et agriculteurs doivent aussi pouvoir compter sur un soutien à la hauteur de leurs attentes et de leurs besoins.
De passage dans la circonscription de Chicoutimi–Le Fjord lors de la récente élection partielle, M. Champagne a mentionné que le pays vivait un moment critique, en raison du conflit commercial avec les États-Unis, et qu’il devait concentrer ses efforts sur ce qu’il est en mesure d’influencer. La sécurité alimentaire de nos concitoyennes et concitoyens répond tout à fait à cette volonté.