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ÉDITORIAL | TGV : il faut faire preuve de transparence

Publié le 17 septembre 2026 - Écrit par Martin Caron, président général de l’UPA (2021-...)

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Le gouvernement canadien a annoncé, en février 2025, le lancement officiel du projet de train à grande vitesse (TGV) Québec-Toronto. Depuis ce temps, le mécontentement qu’il génère augmente à vitesse grand V. À un point tel que l’empressement d’Ottawa devient de plus en plus incompréhensible.

Tout récemment, nous avons rappelé au ministre canadien des Transports, Steven MacKinnon, que le coût du TGV pourrait dépasser 200 G$ en tenant compte de la marge d’incertitude inhérente à la méthode de calcul utilisée par Alto (+100 %) et des dépassements constatés dans d’autres projets ailleurs dans le monde (+45 %). On est loin des 60 G$ à 90 G$ annoncés initialement.

Il s’agit de dépenses titanesques. À titre de comparaison, un investissement de 100 G$ permettrait de construire 24 ponts comparables au pont Samuel-De Champlain, ou encore de reconstruire la structure de chaussée de l’ensemble des quelque 98 500 km équivalents à deux voies de routes publiques pavées du Québec.

Avec seulement 1 % de ce montant, on pourrait augmenter des deux tiers (+66 %) le budget annuel du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (de 1,5 G$ à 2,5 G$).

Il est clair que les coûts annoncés sont grandement sous-estimés. Ottawa doit faire toute la lumière sur cet enjeu avant d’aller plus loin, d’autant plus qu’il n’est pas prioritaire pour la population

Un récent sondage de la firme Synopsis Recherche réalisé pour l’Union des producteurs agricoles démontre que l’appui au TGV diminue de 10 % (de 69 % à 59 %) après une présentation détaillée du projet (en raison, principalement, de son coût et du faible achalandage anticipé, mais aussi de son incidence négative sur les terres agricoles).

L’appui à un train à grande fréquence (TGF), une option moins coûteuse qui utilise les emprises existantes et qui procure elle aussi des gains intéressants en matière de fiabilité, de fréquence et de temps de parcours, augmente quant à lui de 6 % (de 67 % à 73 %).

Après une présentation détaillée des deux projets, deux fois plus de Québécoises et Québécois opteraient pour le TGF (53 %) plutôt que pour le TGV (26 %). Cette préférence est très révélatrice, d’autant plus que les analyses qui ont mené au choix d’un TGV n’ont jamais été dévoilées.

Le sondage confirme aussi que le transport ferroviaire (6 %) figure dans les dernières priorités d’investissement des Québécoises et Québécois en matière d’infrastructures, derrière la santé (65 %), le logement (44 %), le réseau routier (36 %) et l’éducation (31 %).

Le monde municipal, s’il est à l’écoute de la population, conclura comme nous que tous ces milliards devraient être consacrés à des besoins plus urgents. Un récent sondage Léger réalisé pour l’Ordre des ingénieurs du Québec révèle d’ailleurs que 80 % des Québécoises et Québécois s’inquiètent du vieillissement des infrastructures publiques, et que 71 % privilégient l’entretien de celles qui existent déjà (au lieu d’en construire des nouvelles).

Le gouvernement canadien doit stopper les interventions d’Alto sur le terrain et commander une étude indépendante sur les coûts de construction et d’opération du TGV. Il doit aussi se questionner sur la pertinence d’imposer à la population un projet qui ne correspond pas à ses priorités. Il faut faire preuve de transparence.