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Protéger encore plus notre garde-manger

Publié le 12 septembre 2022 - Écrit par Martin Caron, président général

Catégorie :

  • Textes d’opinion

Le monde change et les mentalités évoluent. À titre d’exemple, les milieux naturels sont de mieux en mieux protégés au Québec. En 2011, seulement 8 % du territoire bénéficiait d’un statut de protection. En 2021, les aires protégées représentent presque 17 % du territoire. En 2011, la zone agricole cultivable ne représentait que 2 % du territoire. En 2021, elle compte pour… 2 % du territoire. Oups!

La population québécoise a augmenté d’environ 9 % entre 2011 et 2021. Mange-t-elle moins qu’avant? Mangeait-elle trop en 2011? La réponse est malheureusement beaucoup plus simple : la zone agricole, même si elle est limitée, non renouvelable et essentielle à la sécurité alimentaire des Québécois (surtout face aux changements climatiques), continue d’être grugée par l’étalement urbain, l’activité de spéculateurs financiers et immobiliers, les projets industriels et la construction d’infrastructures, entre autres pour le transport. Au Québec, ces cinq dernières années, environ 10 000 hectares agricoles ont été sacrifiés à d’autres usages que l’agriculture.

Même si le dézonage tous azimuts a diminué ces dernières années, renverser la tendance s’annonce une tâche colossale. À témoin, selon les plus récentes statistiques, la MAJORITÉ des transactions foncières en zone agricole (52 %) ont été effectuées par des non-agriculteurs en 2021 (investissement, immobilier, secteur industriel-commercial, utilités publiques, etc.). Cette intrusion non agricole en zone verte a des conséquences non seulement sur la valeur des terres, qui continue de grimper en flèche, mais aussi sur leur disponibilité pour les agriculteurs de métier et leur relève. Le prochain gouvernement québécois doit donc interdire l’achat de terres agricoles par des sociétés d’investissement et des intervenants du secteur immobilier. La Saskatchewan a d’ailleurs déjà légiféré en ce sens.

La nouvelle Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire (PNAAT), déposée en juin dernier, élève au rang de priorité nationale la protection de notre garde-manger. Il s’agit d’un premier pas important. Mais seul un plan de mise en œuvre ambitieux qui protège intégralement les terres et les activités agricoles, accompagné d’indicateurs qui vont en ce sens, sera garant de l’engagement véritable du futur gouvernement québécois. L’existence d’indicateurs et d’objectifs chiffrés, dans la Politique bioalimentaire québécoise, est à l’origine de son succès. Il faut utiliser la même recette pour la PNAAT.

L’exemplarité de l’État est aussi au cœur des solutions. L’implantation de projets de toute nature, sans égard à leurs répercussions sur l’étalement urbain, la zone agricole et notre capacité à nous nourrir, doit être évitée à tout prix, tout comme le recours à des décisions à la pièce visant à contourner la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). C’est pourquoi le prochain gouvernement doit impérativement cesser le recours à des décrets visant à contourner la CPTAQ, surtout pour le compte d’intérêts privés.

Mentionnons en terminant que la protection de notre garde-manger s’étend aussi aux activités acéricoles en forêt publique. La Stratégie nationale de production de bois (décembre 2020) établit le potentiel acéricole à protéger à seulement 24 000 hectares, ce qui est nettement insuffisant pour assurer la pérennité du secteur. Au moins 200 000 hectares sont requis pour favoriser une cohabitation gagnante entre l’industrie forestière et la production de sirop d’érable pour les générations futures. Rappelons que le sirop d'érable, en 2021, a permis la création et le soutien de 10 878 emplois équivalents temps plein, en plus d'injecter 200 M$ dans les coffres des gouvernements québécois et canadiens. Et ces statistiques seront encore plus impressionnantes en 2022, compte tenu de la récolte record de 211 millions de livres de sirop d'érable.

Les Québécoises et les Québécois font preuve d’ambition lorsqu’il est question d’agriculture. Il va de soi que les agricultrices et les agriculteurs en font tout autant!

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