Le 23 février marque le 70e anniversaire de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche (LMMPAAP).
Cette législation, comme nous l’avons mentionné avec insistance lors du 100e anniversaire de l’Union des producteurs agricoles (UPA) en 2024, est l’un des trois piliers législatifs du modèle agricole québécois (avec la Loi sur les producteurs agricoles et la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles).
Adoptée en 1956 pour établir un équilibre plus sain entre les producteurs et leurs acheteurs, la LMMPAAP a permis de favoriser, au fil des décennies, une mise en marché mieux ordonnée, juste et structurée de nos produits.
À la fois démocratique et flexible, ce modèle a manifestement fait ses preuves. Le Québec compte actuellement 33 plans conjoints, dont 15 en agriculture, 14 dans le secteur de la foresterie et 4 dans celui des pêches. L’an dernier, 89 % (11,3 G$) des produits mis en marché par les groupes spécialisés de l’UPA (12,7 G$) l’ont été collectivement.
Outre les plans conjoints, la LMMPAAP permet la mise en place de chambres de coordination et de développement (CCD). Les CCD offrent un cadre officiel permettant aux acteurs d’un secteur de travailler ensemble sur des enjeux communs.
Les producteurs de fraises et de framboises sont les premiers à s’être prévalus d’un tel outil (2004), suivis des producteurs maraîchers en plein champ (volet recherche – 2022), des producteurs en serres (2026) et du secteur de l’horticulture ornementale (2026). Les producteurs apicoles, de leur côté, sont en processus de formation d’une telle chambre. La filière du cannabis évalue actuellement cette possibilité.
Le Grand Colloque de la mise en marché collective, organisé par l’UPA et l’Université Laval l’automne dernier, a permis à plus de 200 producteurs, partenaires, étudiants et professionnels de réfléchir sur l’évolution de ce modèle, de revisiter ses fondements et de s’interroger sur les perspectives qui s’ouvrent aux producteurs.
Parmi les principaux messages à retenir, comme je l’ai mentionné à ce moment, mentionnons que la régulation des marchés agricoles est présente depuis plusieurs années en Europe et aux États-Unis (le Québec n’est pas unique à cet égard). Ajoutons qu’il importe de transmettre à la nouvelle génération les connaissances acquises ces dernières décennies et que les offices sont les gardiens de cette mémoire collective. Soulignons aussi que nos systèmes de mise en marché collective font partie d’un projet de société et profitent non seulement à l’industrie agroalimentaire, mais également à toute la collectivité.
Le Grand Colloque, tout comme le 70e anniversaire de la LMMPAAP dans son ensemble, s’inscrit dans un contexte marqué par des tensions politiques et économiques occasionnant plusieurs défis, tant agricoles que forestiers.
Dans ce cadre, le Canada, comme tous les autres pays, doit protéger ses acquis collectifs tout en favorisant un juste partage des revenus entre les divers maillons de la chaîne agroalimentaire. Le Québec, de son côté, doit donner raison aux producteurs forestiers qui réclament démocratiquement, depuis plusieurs années, la modernisation de leurs outils collectifs de mise en marché, notamment en ce qui a trait au bois de sciage. Il s’agirait d’un signal clair d’adhésion, à la hauteur de celle des producteurs depuis 70 ans.